P U B L I C A T I O N S
La burqa pour quoi faire ?
L’immédiateté et l’engouement que provoqua cette proposition de mission parlementaire sont probablement révélateurs des peurs profondes que provoquent la radicalité de ces signes (Burqa et Niqab) et du groupe religieux qui impose son port (salafiste). Peur du signe ou peur du groupe : les deux se confondent et sont consubstantiels même si leurs champs d’application diffèrent, le signe occupant le champ symbolique et le groupe le champ politique.
I. La burqa est-elle un signes religieux comme les autres ?
Nous
n’entrerons pas dans les débats de spécialistes sur le caractère
religieux, sectaire ou non, de ces signes et sur l’étendue de la
prescription de leur port par certains courants de l’islam.
Si,
jamais nous considérons que la Burqa et le Niqab sont des signes
religieux comme les autres (le voile simple, la kippa ou la croix )
alors nous devons leur appliquer le même régime de liberté. Régime de
droit commun qui autorise le port de signes religieux en privé et en
public sauf, au nom de la laïcité, de la part des agents publics et
assimilés lorsqu’ils sont en fonction et les élèves dans les écoles
publiques.
Mais à ce jour la Burqa et le Niqab ne sont pas
considérés juridiquement comme des simples signes attachés à une
pratique religieuse. Ces vêtements couvrant l’ensemble du corps et du
visage des seules femmes sont le signe d’une radicalité de la pratique
religieuse que le Conseil d’Etat considère (Décision N° 286788 du 27
juin 2008, Leban) comme «incompatible avec les valeurs essentielles de
la communauté française et notamment avec le principe d’égalité des
sexes ». Cette considération conduira le Conseil d’Etat à refuser la
naturalisation d’une femme portant la burqa pour non respect de la
condition d’assimilation posée par le code civil.
De même la
Halde qui est en général connue pour ses avis très bienveillants à
l’égard des signes et pratiques religieuses (même de la part de
personnes collaborant occasionnellement avec le service public), a
considéré qu’il n’était pas contraire à la Convention Européenne de
sauvegarde des Droits de l’Homme (CEDH) d’obliger au retrait de la
Burqa ou du Niqab pour suivre une formation.
Par ailleurs,
est-ce qu’un signe ou un comportement doit nécessairement être accepté
parce que son origine serait religieuse ? La Loi française et la CEDH
protègent l’exercice du culte mais avec des limites. L’origine
religieuse d’une coutume n'implique pas la disparition de toutes règles
républicaines contraires.
Certains revendiquent, par exemple, le
droit de pratiquer l’excision au nom de la religion ; la Loi
républicaine le proscrit et les juridictions françaises condamnent les
auteurs de telles mutilations sur les jeunes filles.
Dans cet
esprit, le Conseil d’Etat a également considéré que le traitement
particulier réservé à ces voiles intégraux n’a « ni pour objet ni pour
effet de porter atteinte à la liberté religieuse de l’intéressée [et]
ne méconnaît ni le principe constitutionnel de liberté d’expression
religieuse » ni l’article 9 de la (CEDH).
La Burqa et le Niqab ne sont dont pas juridiquement des signes religieux comme les autres.
II. La burqa est-elle un signe symboliques comme les autres ?
La
particularité de ces deux signes est de recouvrir l’ensemble du corps
et du visage pour ne laisser entre-apercevoir que les yeux (par le
Niqab). Cet habit, ce signe marque la disparition de l’individu au
profit de la seule appartenance au groupe qui prescrit cette coutume.
L’individu s’efface pour laisser place à du non-être. La violence de
l’anéantissement total de la singularité révèle la puissante radicalité
du groupe dans lequel les porteuses se fondent.
Ces vêtements
sont subjectivement les signes les plus violents de la négation de
l’individu qui se voit réduit à n’avoir pour seule fonction que la mise
en exergue de sa communauté.
Certains objecteront que dans
d’autres pays la portée symbolique est toute autre. Cela est fort
probable car tout signe ou symbole est perçu dans un cadre culturel
donné. Ce qui ailleurs est présenté comme un éventuel signe de la
pudeur est considéré ici comme particulièrement ostentatoire.
Il est paradoxal que ce qui a pour fonction de cacher ait un effet inverse de mise en évidence.
Les
symboles ne sont pas des « en soi absolus », ils existent dans une
société donnée et à une époque particulière. En France aujourd’hui, ces
vêtements symbolisent la négation de la singularité et la soumission
voire l’oppression des femmes par les hommes.
Etant entendu que
la servitude peut être volontaire, en France le consentement n’a pas
pour effet systématique d’enlever à un acte son caractère illégal. Par
exemple, il est interdit sur la voie publique de tout montrer,
c'est-à-dire de se promener nu même si la personne dévêtue consent à
s’exhiber ainsi.
Pourquoi, alors qu’il est interdit de tout
montrer par excès d’exposition de sa singularité, ne serait-il pas
interdit de tout cacher par excès de négation de l’individualité ?
III. La burqa est-elle un objet de domination sexuelle ?
Nous
avons évoqué la négation de l’individualité mais soyons honnêtes, les
seules individualités ainsi niées sont celles des femmes.
Cette
disparition ne s’applique jamais aux hommes car elle est le signe de la
soumission (et les hommes membres de ces groupes religieux ne se
soumettent qu’à Dieu). L’égalité entre femmes et hommes est un long
chemin et notre société n’est pas exempte de toute critique. Mais
pouvons-nous accepter que les coutumes de groupes particuliers
prétendent venir en concurrence avec les règles et les valeurs de notre
société ? Tolérons-nous que aujourd’hui en France des femmes acceptent
et exhibent « la soumission totale aux hommes de [leur] famille »
(Conseil d’Etat DC 27 juin 2008, conclusion commissaire du
Gouvernement) ?
Ce serait une régression pour ces femmes en
particulier celles auxquelles on nie l’individualité et l’égalité des
droits. Mais c’est aussi une oppression pour les musulmanes en France
qui depuis des années pratiquent un islam moderne et qui pourront se
sentir contraintes par ces signes de radicalité les présentant comme de
« mauvaises musulmanes ». Enfin, c’est un affront fait à l’ensemble des
femmes de France qui par ces seuls signes perçoivent la fragilité de
l’égalité qui leur est accordée par la loi et comprennent que la
République ne les protègera pas forcément de la servitude. La loi se
doit de garantir aux femmes et aux hommes les mêmes droits et d’exiger
les mêmes devoirs même au-delà de leur volonté singulière. Le droit
français ne se réduit pas à l’échange de consentements sur une norme
commune. Il existe une place pour la convention et une place pour la
Loi ; les droits fondamentaux – parmi lesquels l’égalité des sexes - ne
peuvent dépendre de la volonté particulière. Ils ne sont pas
négociables.
IV. La burqa viole t'elle la Laïcité ?
L’honnêteté
intellectuelle nous oblige à reconnaître que le port de la burqa dans
la rue ne porte pas atteinte directement à la forme laïque de l’Etat,
ne contrevient pas au principe selon lequel l’Etat ne reconnaît aucun
culte. Il en serait autrement si la burqa était portée à l’école
publique ; cela contreviendrait à la loi de 2004 sur l’interdiction des
signes religieux à l’école publique.
Même si la forme laïque de
l’Etat n’est pas directement remise en cause, l’idée de laïcité de la
République est - elle sérieusement écornée ? Car il s’agit bien en
l’espèce du rapport que notre société entretient avec un signe
religieux expression de radicalité. L’Etat laïque n’est pas violé mais
la société française, fondée sur des valeurs humanistes, de respect de
l’individu, de liberté et d’égalité est interpellée.
L’espace
civique est le lieu dans lequel la liberté doit pouvoir s’exprimer mais
il n’existe aucune liberté sans borne, sans cadre. Même les libertés
les plus absolues de conscience et de pensée ne peuvent se déployer que
dans les limites culturelles et temporelles d’une société donnée (les
philosophes les plus éclairés reconnaissent que leur pensée et qu’eux
mêmes n’étaient, ne sont que des êtres de leur temps).
A
fortiori, la coutume et la volonté des individus ne sauraient être
omnipotentes dans un Etat de droit. Toute liberté comporte des limites
au titre des autres libertés fondamentales. Ces limites sont souvent
fondées sur le refus du trop grand déséquilibre entre les parties. Le
contrat ou la coutume acceptés ne peuvent pas transformer en droit un
rapport de force trop déséquilibré ou disproportionné. Le voile
intégral est l’expression de ce déséquilibre profond dans les rapports
entre homme et femme. Quelles sont donc ces bornes, ces valeurs de la
société que la Burqa transgresserait ? La liberté d’abord, que les
citoyens ne peuvent
aliéner même par consentement. L’égalité
ensuite car ce signe marque une discrimination sexuelle. La laïcité
enfin car notre société française ne peut accepter le communautarisme
et l’intégrisme religieux qui tendent à imposer à un groupe des normes
concurrentes et contraires à l’ordre public républicain.
V. Le voile , un acte politique !
Le
signe en lui-même est un symbole, mais le groupe qui impose son port se
comporte en acteur de la vie politique. Nous savons notamment, depuis
la précédente commission parlementaire présidée par Monsieur Debré et
la commission Stasi, que le port de ces signes religieux fait l’objet
de la part des frères musulmans et de l’UOIF d’actions concertées ayant
pour objet de tester les limites de la République et sa résistance aux
aspirations communautaristes. Le caractère laïque de notre régime
politique et le refus du communautarisme par la République heurtent les
organisations religieuses les moins matures et les plus radicales.
Il
existe une concurrence normative entre les religions et la nation
puisque chacune de ces institutions prétend imposer l’application de
son corps de règles à ses ressortissants. Notre République laïque a
tranché : la religion peut s’exprimer dans la sphère privée et l’espace
civique mais n’a pas à s’immiscer dans la sphère publique. Cette
séparation déplaît à certains clergés qui régulièrement cherchent à
faire bouger les lignes. Les tentatives existent lorsque la République
paraît faible sur les principes qu’elle défend. Et les tensions
s’estompent lorsque notre société assume pleinement les valeurs de
liberté de penser et d’égalité (des sexes notamment) qui sont les
siennes.
J’en veux, pour preuve, la Loi de 2004 sur
l’interdiction des signes religieux à l’école publique. Avant cette Loi
les incidents se multipliaient dans de très nombreuses écoles. Les
statistiques ministérielles sous estimaient, camouflaient, niaient le
phénomène de peur de le voir exister. Certains groupes religieux
incitaient leurs membres à multiplier et médiatiser les incidents pour
faire passer leurs filles pour des victimes de l’intransigeance laïque.
Leur communication fut intelligente et efficace car elle était dirigée
par des esprits excellemment formés et doués d’un sens politique
affirmé.
Mais cette fois-ci le communautarisme ne l’a pas
emporté. La Loi a réaffirmé avec clarté et force la laïcité et les
valeurs auxquelles nous tenons. Alors les incidents se sont dissipés
puisque les limites posées par la loi étaient à nouveau assumées par
l’Etat.
C’est cette fonction que devrait à nouveau remplir la
mission d’information parlementaire. Une Loi ne sera peut être pas
nécessaire s’il s’avère que les musulmans de France proscrivent le port
du voile intégral et que celui-ci n’est effectivement pas porté. Mais
si ce n’est pas le cas nous appellerons alors une Loi de nos voeux pour
rappeler que sur le territoire français, l’Etat combat les velléités
communautaristes, accorde aux femmes et aux hommes les mêmes droits et
promeut un espace civique dans lequel la liberté de conscience peut se
construire et se déployer.
Marc ANTOINE,
Observatoire internationale de la laïcité
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| | 1905-2005
La laïcité face aux défis du XXIe siècle Pascal-Eric Lalmy L\' A.L.R. La loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l'État fut adoptée après de vifs débats. Comme les lois scolaires de Jules Ferry ou celle de 1901, elle est fondatrice de la République. Cent ans… isbn: 2-84934-018-9 |
Interview de Pascal-Eric LALMY, sur VONews
http://www.dailymotion.com/video/x3coh_la-laïcité-au-xxie-siècle_school
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La laïcité Torpillée en France
Par son décret paru le 19 avril 2009 au journal officiel, la Président de la république vient de torpiller l'un des piliers de la laïcité en abolissant la loi de 1880 qui retirait aux établissements catholiques le droit de distribuer des diplômes universitaires reconnus par l'État.
L'accord ainsi avalisé par le chef de l'État autorise le Vatican à délivrer, sur le territoire national, des diplômes de l'enseignement supérieur, dans toutes les disciplines, quelles soient canoniques ou profanes.
La liste des ces diplômes est laissée à la seule appréciation de la congrégation pour l'éducation catholique. Ces diplômes seront automatiquement validés par la France.
Peuple de France, à défaut d'un recourt devant le conseil d'État, bientôt Benoît seize décidera du contenu des programmes de nos enfants. Bientôt il dira ce qui est vrai et ce qui est faux. Bientôt ses frères en religion, nos amis intégristes musulmans, exigeront les mêmes prérogatives et la France, par la signature de son chef d'État n'aura plus qu'à avaliser le dogme comme le dictat !
Laurence MARCHAND-TAILLADE,
Observatoire de la laïcité du Val d'Oise